Exit Above

after the tempest

Anne Teresa De Keersmaeker, Meskerem Mees, Jean-Marie Aerts, Carlos Garbin / Rosas

Saison

24-25

danse

13 ans +

1:30

33 / 17 réduit / 8 – 15 ans / 24 carte malraux

VE 04 AVR 20:00

SA 05 AVR 20:00

espace malraux

grande salle

À l’origine était le blues. La célèbre chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker remonte aux racines de la danse et de la musique pop rock. Cette pièce explosive fait se rencontrer la marche, en tant que forme primitive du mouvement, et le blues, comme source de différents styles musicaux. Elle commence par l’impressionnante performance de Solal Mariotte, danseur hip-hop. Viennent ensuite de puissantes « walking songs ». Les voix sont chaudes, les notes de guitares envoûtantes. Les interprètes avancent déterminés, accélérant jusqu’à la course éperdue en avant. À travers leur marche méditative puis collective, ils sont la tempête-même qui prépare l’avenir. Et font de leur danse un acte politique et engagé.

 

LA PRESSE EN PARLE

« La scène est irréelle, extraterrestre. Cette matière fluide comme du plasma ou de l’eau, danse au-dessus du performeur sous une lumière incandescente, au rythme du vent. »

France Info, Yemcel Sadou

« En s’inspirant de La Tempête de Shakespeare, la chorégraphe belge brasse les mots et les voix le temps d’un concert de danse frondeur, nous offrant un grand spectacle pour une époque troublée. »

Le Monde, Philippe Noisette

 

 

Belgique

Anne Teresa De Keersmaeker chorégraphie

Abigail Aleksander, Jean Pierre Buré, Lav Crnčević, José Paulo dos Santos, Rafa Galdino, Carlos Garbin, Nina Godderis, Yuika Hashimoto, Solal Mariotte, Meskerem Mees, Ariadna Navarrete Valverde, Jacob Storer danse
Abigail Aleksander, Jean Pierre Buré, Lav Crnčević, José Paulo dos Santos, Rafa Galdino, Carlos Garbin, Nina Godderis, Solal Mariotte, Meskerem Mees, Mariana Miranda, Ariadna Navarrete Valverde, Cintia Sebők, Jacob Storer création

Meskerem Mees, Jean-Marie Aerts, Carlos Garbin musique

Meskerem Mees, Carlos Garbin interprètes de la musique

Michel François scénographie

Max Adams lumière

Aouatif Boulaich costumes

Meskerem Mees, Wannes Gyselinck texte et paroles

Walter Benjamin Über den Begriff der Geschichte, Thèse IX texte d’ouverture

Wannes Gyselinck dramaturgie

Cynthia Loemij, Clinton Stringer direction des répétitions

Anne Van Aerschot coordination artistique et planning

Martine Lange assistante à la direction artistique 

Jolijn Talpe tour Manager
Thomas Verachtert direction technique 

Jan Balfoort, Arno Truyens techniciens

Alex Fostier son

Veerle Van den Wouwer chef costumière

Chiara Mazzarolo, Els Van Buggenhout assistée par 

Juliette Mourlon habillage

Chiara Mazzarolo, Martha Verleye couturières

Lies Martens Managing Director

Frans Brood Productions Diffusion

 

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Production Rosas

Coproduction Concertgebouw Brugge (Bruges), De Munt / La Monnaie (Bruxelles),
International Theater Amsterdam, Le théâtre Garonne (Toulouse), GIE FONDOC OCCITANIE (Le Parvis Tarbes, Scène nationale ALBI Tarn, Le Cratère Alès, Scène nationale Grand Narbonne, Théâtre Garonne

Première mondiale le 31 mai 2023, Théâtre National Wallonie-Bruxelles, présenté par Théâtre National
Wallonie-Bruxelles, De Munt/ La Monnaie, Kaaitheater et Kunstenfestivaldesarts

Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels

Cette production est réalisée avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, en collaboration avec Casa Kafka Pictures.
Rosas bénéficie du soutien de la Communauté flamande et de la Commission communautaire flamande (VGC).

Interview d’Anne Teresa De Keersmaeker (extraits)

Réalisée par Marc Blanchet pour le Festival d’Avignon en janvier 2023

 

EXIT ABOVE explore une musique populaire essentielle : le blues. Pour quelles raisons l’avez-vous choisie ? 

En explorant la pop music, je me suis posée la question de ses origines. Le blues, dont il faut souligner qu’il s’agit d’une musique afro-américaine, est en grande partie à la source de la plupart de ces musiques d’aujourd’hui. De même, les origines de beaucoup de musiques populaires se retrouvent également, par exemple, dans la musique traditionnelle folk. Ces musiques sont les descendantes de l’esprit des troubadours : elles sont portées par le désir de partager des émotions et des histoires selon un précepte premier qui les guide de façon quasi existentielle : « Si tu ne peux pas le dire, chante-le. » D’une manière ou d’une autre, dans toutes sortes de pays, de communautés, il y a toujours un musicien pour prendre un violon et faire danser les gens. Dans le blues, les gens frappent des mains, tapent sur leurs cuisses, sur leurs jeans : c’est une participation à la fois individuelle et collective. Au-delà de la pop music, mon écriture chorégraphique est aussi travaillée par d’autres sources, plus secrètes, qui permettent de nourrir une sorte de dramaturgie sans pour autant la révéler. En ce sens, j’ai toujours été nourrie par le début du XVIIe siècle, comme les pièces de Shakespeare, dont La Tempête : même de manière « invisible », cette période, ces œuvres, ces artistes, ont inspiré ma conception de cette nouvelle chorégraphie. 

 

Vous avez choisi de convoquer la figure d’un des grands bluesmen de son histoire…  

Oui et ce spectacle a comme point de départ le titre Walking Blues du chanteur et guitariste afro-américain Robert Johnson. Il a surtout joué et composé ses propres chansons dans les années 1930 mais son influence est cruciale sur de nombreux groupes des décennies qui suivront : les Rolling Stones, les Beatles, Bob Dylan, Jimi Hendrix, Van Morrison ou encore Eric Clapton. Cette musique parle autant de joies que de douleurs personnelles, et s’inscrit dans une résonance immédiate avec l’esclavage et les rites religieux, avec, de fait, de nombreux échos bibliques. Il faut aussi penser à cette musique dans son contexte historique, c’est-à-dire en lien avec l’histoire de la reproductibilité des titres à travers les disques, de la facilitation d’accès et de partage comme ce fut le cas pour la photographie. Ne parlons-nous pas au sujet de la pop music et d’autres musiques populaires aujourd’hui d’« industrie » musicale ? La pop music, et auparavant le blues, appartiennent à une histoire de l’enregistrement qui passe par l’amplification des instruments – une histoire qui est donc aussi celle du monde capitaliste, de ses contrats et de ses profits. 

 

EXIT ABOVE accueille aussi trois musiciens et musiciennes.  

Alors que je regardais mes vinyles, j’ai retrouvé dans l’un d’entre eux une lettre avec un numéro de téléphone : elle était de Jean-Marie Aerts, architecte sonore de T.C. Matic, groupe formé par Arno. Beaucoup se souviennent de ce groupe belge reconnu et influent, apparu au début des années 1980, avec des titres fameux comme Oh La La La ou Putain Putain. J’ai contacté ce guitariste et producteur, puis j’ai fait ensuite la connaissance de Meskerem Mees, une jeune autrice-compositrice-interprète flamande d’origine éthiopienne, qui s’inscrit dans une vraie tradition du songwriting. Meskerem Mees – qui dansera d’ailleurs également dans la pièce – a écrit des chansons inspirées par des titres de blues traitant de la grande inondation dans le delta du Mississippi en 1927, ainsi que par La Tempête par exemple. Elle interprétera ces chansons en direct, en compagnie du danseur-guitariste Carlos Garbin. Jean-Marie Aerts a quant à lui produit des morceaux faisant référence à la dance et aux beats

 

En utilisant le terme de Walking Blues, le parallèle avec votre pensée de la marche devient quasiment naturel.  

La danse sert à organiser les mouvements dans l’espace sur un axe vertical et un axe horizontal – et en ce sens, la marche est une danse possible. Elle peut naître de la vitesse à laquelle le danseur marche, ou encore de son rapport à la gravité, de son rythme et de sa respiration, voire des battements de son cœur. Et puis, la marche est évidemment très liée au bas du corps : dans de nombreuses danses populaires, c’est le footwork qui est important, et non le haut du corps. Certes, les bras aident parfois à défier la gravité, mais ce sont principalement les transferts de poids qui priment. Nous avançons toujours selon un « angle » – un mot si proche du mot « ange » ! Avec de tels transferts de poids, le moment possible de la chute amène toujours une suspension : il y a dans la danse le désir de dépasser la gravité, de transformer la marche en course, non sans l’espoir de s’envoler.